ROLAND SABATIER lettrisme

 
 

Roland Sabatier (1942) est un artiste français, membre du groupe lettriste depuis 1963. Son œuvre, exploratrice des modalités offertes par les structures basées sur les signes concrets (hypergraphie) et les signes virtuels (art infinitésimal), se déploie à travers les différents arts visuels – peinture, cinéma, architecture, roman, etc. – où elle dévoile un grand nombre d’organisations originales.

D’abord « classique » puis, dès 1969, « moderne » et axé principalement sur la recherche liée aux rythmes anéantissants, son travail embrassera les conséquences extrêmes de la négativité dont il rendra compte, en 1974, dans son ouvrage Situation de mes apports dans la polythanasie esthétique.

Depuis 1963, de très nombreuses participations à des revues, à des livres et à des expositions collectives et personnelles rendaient compte des multiples facettes de son œuvre qui sera représentée dans de nombreux musées nationaux et internationaux, du Musée d’Art moderne du Centre Georges Pompidou au Paul Getty Museum de Los Angeles, en passant par le MACBA de Barcelone ou le Musée d’Art moderne de Saint-Etienne. Figurant dans de prestigieuses expositions nationales et internationales (Paris, Rome, Tokyo, New-York, Barcelone), il était, en 1993, le concepteur et l’organisateur de la présence lettriste à la 45e Biennale de Venise.

Son œuvre comporte également des réalisations dans le théâtre, où il développera notamment des partitions électrographiques, dans l’architecture, le mobilier ou la psycho-kladologie. Professeur d’histoire de l’art à l’Institut de Culture et de Communication de Paris, il est également l’auteur de  Le Lettrisme : les créations et les créateurs, (Z’éditions, 1989).

Dans le cinéma, au-delà de ses premières réalisations comme Les Preuves (1966), Le Songe d’une nudité (1968) ou Évoluons dans le cinéma et la création (1972), ses films récents, comme Regarde ma parole qui parle (le) du cinéma (1982), Inachevés, à-peu-près et refus, avec portrait de dame (1981) ou Pour-Venise-Quoi?(1994), ne sont souvent plus que des « films à exposer » — et non à projeter — qui développent la démarche purificatrice vers « les limites au-delà desquelles un film ne ressemble plus à un film, pour imposer un cinéma novateur en limite du cinéma ». Rejoignant la modernité atteinte avant lui par les autres arts, ce mode cinématographique finit par ne plus être qu’une réflexion sur le cinéma avant de s’achever dans la moquerie grossière de ce que ce dernier avait été autrefois. Comme dans un musée, « il se fait du simple déballage des éléments qui, autrefois, servaient à faire le cinéma». Ainsi, dans le but de se jouer du cinéma, l’auteur « redevient l’enfant qui joue au cinéma et devient l’ancien cinéaste qui regarde nostalgiquement son passé et celui de son art ». Comme expressions de l’achèvement et de l’anéantissement du cinéma ciselant, hypergraphique, infinitésimal et supertemporel, ses films s’imposent comme des entités autonomes. Comme telles, elles existent déjà dès l’instant où elles sont (d-)écrites et publiées. Leur matérialisation éventuelle, secondaire — possible ou non —, peut dès lors être entreprise de différentes manières selon le lieu et le contexte où elles seront portées à la connaissance du public : salle de cinéma, d’exposition, distribution dans la rue ou autres. Ces mises en œuvre potentielles n’apportant que des enrichissements secondaires, propres aux mécaniques ou cadres ponctuellement sélectionnés pour des circonstances données, sans altérer ni modifier la substance formelle intrinsèque des faits esthétiques. Cette disposition justifiant la réalisation pour chacun de ces films d’un certain nombre de variantes ou de modifications qui ne sont que des adaptations possibles de leurs fondements premiers, seuls essentiels. Le cinéma manifesté par les seules allusions au cinéma est également l’objet unique de Quelque part dans le cinéma, de 1982, dans lequel les signes (du cinéma hypergraphique), à défaut de pouvoir être vus, seront évoqués tout au long de la diffusion de la bande sonore à travers un texte en relation avec un roman à signes de l’auteur dont ce film a valeur d’adaptation cinématographique.

Le Tombeau des frères Lumière, de 1984, conçu en hommage à Mallarmé et à son Tombeau d’Edgar Poe, rapproche le début et la fin du cinéma. Sous l’inscription d’une référence aux pionniers de la cinématographie auxquels nous devons la création de cet art, ce film, au-delà de la borne principielle, tente la mise en œuvre de l’aboutissement nécessaire auquel cet art parvient au terme de son histoire : un simple halo lumineux projeté sur un simulacre d’écran assorti à quelques bouts de pellicule et à l’évocation symbolique des signes maculés du cinéma hypergraphique qui annonce la poursuite à venir de l’exploration créatrice de la cinématographie.


Exposition à la Villa Cernigliaro (Biella) du 20 juin au 30 juillet 2015





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LE TOMBEAU DES FRERES LUMIERE (1984)

Installation à la Villa Cernigliaro, Sordevolo (Biella) en 2015